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Le design brésilien : de Joaquim Tenreiro aux Frères Campana (part 1)

CoverBrasil

Le design brésilien connaît aujourd’hui une reconnaissance tardive, mais méritée. À l’occasion de la dernière édition des If Design Awards, l’une des plus importantes et des plus prestigieuses compétitions mondiales dans le domaine du design, pas moins de 27 projets brésiliens présentés parmi un large éventail de catégories ont reçu un prix, preuve de sa vitalité actuelle. À bien y regarder, son ADN historique nous est très familier parce que ses « pères fondateurs » ont tous été influencés par l’expérience de l’Ecole du Bauhaus . Le design brésilien a digéré le meilleur de la création européenne pour la parer de ses plus beaux atours : le bois bien évidemment, ressource essentielle du pays, qui continue de se marier à l’esprit tropical typiquement auriverde…

On ne peut évoquer l’histoire du design brésilien sans évoquer la figure tutélaire de Oscar Niemeyer (1907-2012), son architecte le plus connu internationalement. Niemeyer, héritier du style international professé par Walter Gropius, Mies Van der Rohe ainsi que Le Corbusier , est réputé pour ses réalisations architecturales aux courbes élancées qui ont façonné la création de Brasilia, la capitale du Brésil. L’architecte brésilien conçoit alors bâtiments administratifs et lieux de pouvoir en béton. Le seul matériau capable, selon lui, de maîtriser des formes aux courbes amples, à l’opposé du style très rigide d’un Le Corbusier.

 

 

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La cathédrale de Brasilia imaginée et conçue par Oscar Niemeyer (1959-1970).

 

 

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Congrès national du Brésil, Brasilia, Oscar Niemeyer, achevé en 1960. 

Coupole gauche : Sénat. Coupole droite : Chambre des députés.  Deux gratte-ciels jumeaux : services administratifs du Congrès.

 

 

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Le musée d’art contemporain de Niterói, Rio de Janeiro, 1991-1996. Oscar Niemeyer où l’art de la courbe !

 

 

Si Oscar Niemeyer et Lucio Costa (architecte fameux de l’époque, aîné de Niemeyer) ont conçu et élevé Brasilia au rang de ville futuriste dans les années 60, le véritable père fondateur du design brésilien pour le mobilier d’ameublement au Brésil s’appelle Joaquim Tenreriro (1906-1992).

Né en 1906 au Portugal, Joaquim Tenreiro, menuisier de son état émigre au Brésil vers la fin des années 20. Au début des années 40, il fonde sa propre sa propre entreprise –  Langenbach & Tenreiro Ltda – pour produire les modèles qu’il dessine. Il s’appuie sur l’incroyable diversité des bois qui existent au Brésil et popularise l’utilisation du bois de jacaranda et la paille (l’utilisation de brins de canne). Le jacaranda, bois tropical par excellence, fournit un bois très dur, marbré, utilisé en ébénisterie et qui confère aux créations de Tenreiro une allure classieuse. C’est le premier, au Brésil, à réinterpréter les formes de l’avant-garde du design européen par l’emploi quasi systématique de bois précieux.

 

 

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Joaquim Tenreiro, Chaise avec accoudoirs vers 1958, gros plan. Elégance du bois précieux et du cannage.

 

 

Capable de dessiner et concevoir aussi bien une chaise à trois pieds, que des lampes, des tables ou des étagères, Joaquim Tenreiro devient un designer très demandé. Oscar Niemeyer disposera dans nombre de ses réalisations architecturales (buildings, maisons particulières, immeubles de bureaux), les créations de Tenreiro qui incarnent à merveille l’élégance brésilienne.

 

 

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Joaquim Tenreiro, Bibliothèque, bois de jacaranda, vers 1954. Fabrication : Tenreiro Móveis e Decorações, Brazil.

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Table à repas triangulaire et chaises, 1960. Design et conception Joaquim Tenreiro  

 

 

Terre d’émigration dans la première moitié du XXème siècle, le design brésilien se développa aussi autour de figures européennes. Grégori Warchavchik (1896-1972), architecte d’origine ukrainienne, débarque au Brésil dans les années 20. Il est connu pour avoir réalisé ce qui est considéré comme la première maison moderne du pays à São Paulo, aux formes cubiques, soit 10 ans avant que Le Corbusier ne soit appelé par Lucio Costa pour concevoir le Ministère de l’Education et de la Culture en 1943.

 

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Maison moderne (Rua Santa Cruz). Vila Mariana, São Paulo, Brésil, 1927-28.  Architecte : Gregori Warchavchik. Source : ofhouses.com

Inspiré par le design moderne du Bauhaus, Warchavchik conçoit du mobilier qu’il juge en parfaite adéquation avec l’achitecture moderne qu’il diffuse. Ses meubles, réalisés à partir de bois du pays,  font la part belle aux lignes géométriques et rappellent quelque peu le style art déco du début du siècle.

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Gregori Warchavchic, « GW Tea Trolley », 1928.

 

 

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Gregori Warchavchic, porte-revues « Leque », 1928. Une icône du design moderne brésilien.

 

 

Lina Bo Bardi (1914-1992) née à Rome en 1914, tomba sous le charme du Brésil dans les années 40 à l’occasion d’un voyage à Rio, répondant avec son mari à l’invitation de l’Institut des Architectes Brésiliens. Lorsqu’ils débarquent au Brésil, les Bardi ne sont pas des inconnus. Diplômée du Collège d’Architecture de Rome, Lina a déjà collaboré avec le célèbre designer italien Giò Ponti pour un magazine et a cofondé l’hebdomadaire A – Attualità, Architettura, Abitazione, Arte in Milan (A Cultura della Vita). Son mari, Pietro Maria Bardi, est critique d’art et journaliste.

Naturalisée brésilienne en 1951, Lina Bo Bardi va laisser une empreinte vivace dans la ville de São Paulo. De 1957 à 1968, elle imagine et conçoit le design du Musée d’Art de la rivale de Rio de Janeiro, le MAM, à la silhouette immédiatement reconnaissable. Sa carrière est également marquée par la réalisation du SESC Pompeia, une ancienne usine de baril aux formes brutes. Le projet, terminé en 1982, est devenu un lieu très populaire pour les brésiliens puisqu’il dispose de salles d’exposition, d’une bibliothèque ou encore de terrains de sport.

 

 

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Musée d’art de São Paulo, architecte Lina Bo Bardi.

 

 

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Le Musée d’Art de São Paulo, vue de l’intérieur.

 

 

On doit notamment à Lina Bo Bardi un classique du design brésilien : la fameuse Bowl Chair (1951) qui n’est pas sans rappeler la Womb Chair d’Eero Saarinen, aujourd’hui éditée chez Arper.

 

 

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Lina Bo Bardi assise dans la « Bowl Chair ». Photographie de Francisco Albuquerque.

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Lina Bo Bardi, « Bowl Chair », 1951. Le modèle est aujourd’hui édité en série limitée chez Arper.

 

 

Des années 50 à 70, une autre génération succède aux Niemeyer, Tenreiro et Warchavchic. Ces années sont considérées comme l’âge d’or du design brésilien ; le design devient enfin l’égal de l’urbanisme. Deux grandes figures de l’après-guerre émergent alors : Paulo Mendes Da Rocha (1928) et Sergio Rodrigues (1927).

Le premier, architecte de métier (encore un !) et prix Pritzker d’architecture en 2006, signe avec le fauteuil Paulistano en 1957 un classique intemporel du design brésilien. Conçue pour meubler les salons du club d’Athlétisme de São Paulo, l’assise est un modèle de légèreté esthétique tout en étant confortable.

 

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Fauteuil « Paulistano » Cuir Terracota. Design par Paulo Mendes Da Rocha, 1957. La structure est en acier plié.

 

 

Le second, Sergio Rodrigues, obtient la consécration internationale en 1961 avec le fauteuil Mole, premier prix de la Biennale du Design de Cantú. En digne héritier de Niemeyer ou Lucio Costa, Rodrigues assume les lignes modernistes du Bauhaus, mais dans l’esprit brésilien. Incroyablement confortable avec ses coussins et accoudoirs en cuir qui sont supportés par des lanières de cuir, le fauteuil Mole possède bien évidemment une structure et un bâti en jacaranda massif… dans la plus pure tradition brésilienne !

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Sergio Rodrigues, Fauteuil «Mole », 1957. L’assise est aujourd’hui éditée par LinBrasil.

 

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Découvrez maintenant >> la seconde partie de cet article, dans laquelle nous partagerons encore d’avantage d’informations sur l’histoire passionnante du design brésilien.