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Philippe Starck en 6 objets

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Starck, un nom qui « claque » dans le design contemporain. Plus qu’un nom, une marque synonyme d’inventivité et de créativité dans le paysage du design. Reconnu dans le monde entier, Philippe Starck est le designer français le plus médiatisé et courtisé par les industries du monde entier. En une trentaine d’années, il s’est attaqué à tous les types de projets : des objets du quotidien qu’il sublime comme une brosse à dents, une poignée de porte, des couverts, aux grandes chaînes hôtelières internationales qui lui confient la mission de réinventer la décoration de leurs palaces en passant par la réalisation de bâtiments à l’architecture moderne, il sait tout faire !

Difficile ainsi de résumer une carrière aussi « boulimique ». Reste que Philippe Starck continue de faire confiance à son instinct et s’appuie sur des valeurs qui guident son travail. Plutôt que de survoler ses réalisations, nous avons fait le choix de comprendre la philosophie de cette personnalité hors-norme, à travers 6 objets qui incarne l’esprit « Starck ».

 

 

Philippe Starck est né le 18 janvier 1949 à Paris. On pourrait dire qu’il « tombe dans la marmite » du design puisque son père, André Starck, ingénieur aéronautique, concevait des avions légers. Dans un livre d’entretien (1), le designer explique avoir passé des heures au sous-sol de ses grands-parents, travaillant sur un établi à reprendre ses jouets, et avoue que c’est à ce moment-là « qu’il a appris la maîtrise des lignes, le design, en autodidacte ».

En 1979, après quelques créations, il se lance véritablement et créée la société Stark Products qu’il rebaptisera Ubik, en référence au célèbre roman de Philip K. Dick. Son premier vrai succès, il le doit à la famille Costes, qui ouvre un café éponyme dans le Quartier des Halles. Philippe Starck imagine alors, pour l’établissement, un fauteuil très en avance pour son époque : le Fauteuil Costes (prototype 1981, production depuis 1984). Très originale, cette assise se caractérise par un piètement tripode, ce qui permet aux serveurs de circuler plus facilement en salle.

 

 

Fauteuil Costes, imaginé et conçu pour le Café Costes. Design Philippe Starck, 1981

 

 

Dans le même ordre d’idée que le Fauteuil Costes. Fauteuils J, série Lang, conçu en 1984, édité par Driade en 1987. Design Philippe Starck

 

 

 

C’est que Philippe Starck vise le design utile. Selon lui, un objet nouveau doit, avant tout, apporter quelque chose à l’humain. On comprend mieux sa philosophie du design lorsqu’il s’exprime sur Raymond Loewy, le père du design industriel en expliquant que celui-ci a fait son succès sur le leitmotiv « La laideur se vend mal » (2). Ce qui sous-entend pour Starck que le design est au service de l’industrie pour vendre mieux. Or, selon lui, la formule est aujourd’hui dépassée : la question n’est plus de vendre plus, mais d’inventer des produits légitimes. À travers le Fauteuil Costes, il faut aussi voir une autre facette du travail de Starck : celle qui redéfinit la relation de l’homme à l’objet. Pour le designer, le piètement original du fauteuil nécessite de la part de son utilisateur une plus grande attention. Une exigence sensuelle en quelque sorte s’établit entre l’objet et son sujet.

 

 

En 1986, Philippe Starck réalise la Table chaise Lola Mundo pour l’éditeur Driade. Au départ, une petite table à café dans l’esprit du XVIIIe siècle qui s’ouvre pour devenir une chaise. Deux idées fondatrices du travail de Starck ressurgissent dans cette pièce. D’abord, son goût pour le jeu en s’autorisant la transformation d’un objet à l’aspect précieux, avec notamment l’ajout de tétons en caoutchouc rose sur l’assise. Et le mélange des genres et des styles que l’on retrouve aussi dans le Fauteuil Costes. Si les pieds sont en aluminium moulé, ils contrastent avec la préciosité du bois du plateau qui contraste lui-même avec les pastilles en caoutchouc rose du dossier/assise !

 

Table chaise Lola mundo, Driade, 1986. Design Philippe Starck

 

 

Devant l’audace et l’imagination de Starck, les éditeurs italiens commencent à le demander. Avec Alessi en 1992, Philippe Starck réalisera un de ses objets parmi les plus emblématiques, devenu une icône : le presse-agrumes Juicy Salif. D’une forme évoquant presque une araignée, au corps fuselé avec grâce, l’objet est loin de s’apparenter au presse-citron traditionnel ! Acclamé pour son audace, le Juicy Salif montre le pouvoir de suggestion par l’objet, cher à Starck. C’est aussi un objet futuriste et insolent, ce qui n’est pas pour déplaire à son créateur !

Presse-agrumes Juicy salif, 1987, édité chez Alessi. Design Philippe Starck

 

 

La même année et toujours avec la complicité d’Alessi, Philippe Starck dessine la bouilloire Hot Bertaa. Le nom, facétieux, fait sourire. Philippe Starck démontre son goût pour la simplicité et l’utilité. Un tube conique creux en polyamide traverse le sommet de l’objet et sert à la fois de manche et d’entonnoir. Il représente ce que le designer appelle « l’objet juste ». La forme de l’objet évoque un obus, clin d’œil à son nom.

Bouilloire Hot Bertaa pour Alessi, 1987. Design Philippe Starck

 

 

 

Autre dimension incontournable du travail de Philippe Starck : l’écologie. Le créateur souhaite concevoir des objets durables avec une empreinte écologique minime. Contre l’élitisme du design, Philippe Starck veut concevoir des objets du quotidien avec une personnalité, mais simples et fonctionnels, utilisables en toute occasion. Ce qu’il réussit à faire avec la conception du fauteuil Dr No en 1996 (Kartell), un mobilier tout aussi élégant dans un salon que sur la terrasse d’un restaurant, ou celle d’un particulier. Dr. No est à la fois confortable, pratique, léger et empilable. Pour faire le plus possible en accaparant le moins de ressources possibles, la coque est moulée d’une seule pièce, en polypropylène, un matériau qui n’absorbe pas l’eau et qui permet au siège d’être utilisé en extérieur.

Fauteuil Dr No et table ronde Dr. Na, design Philippe Starck chez Kartell, 1996. La table va de pair avec les chaises, même matériau et coloris identiques, excepté le pied en aluminium moulé sous pression

 

 

Dans sa quête du minimum alliant design et praticité, avec toujours une pointe d’humour et d’imagination, Philippe Starck réussit un coup de maître en 2002 avec ce qui constitue sans doute, à ce jour, son objet le plus connu et dupliqué dans le monde entier. La chaise Louis Ghost, conçue en 2002 avec la complicité de l’éditeur italien Kartell, associe le classicisme du design ancien des fauteuils Louis XV à la modernité de la transparence du fauteuil réalisé en polycarbonate.

Encore une fois, la matière du fauteuil est parfaite pour une utilisation intérieure comme extérieure. Facilement transportable, l’assise en polycarbonate est inrayable et résiste aux chocs. Côté pratique, on peut empiler jusqu’à six chaises. Imaginative, audacieuse, métissage de styles différents, pratique, légère, la chaise Louis Ghost réunit tout l’ADN Starck. Disponible dans de nombreux coloris (il existe même un plus petit modèle pour les enfants), cette chaise s’est vendue à des millions d’exemplaires. Comme quoi l’audace et l’imagination, associées à certaines valeurs que Philippe Starck transmet dans son design, peuvent faire d’un objet un best-seller mondial.

 

Chaise Louis Ghost, design Philippe Starck, Kartell, 2002

Fauteuil enfant Lou Lou Ghost, Dossier décoré, Kartell

 

 

 

(1) Philippe Starck, impression d’Ailleurs. Avec Gilles Vanderpooten. Editions L’Aube

(2) La laideur se vend mal est un livre de Raymond Loewy sorti en 1952 et réédité régulièrement depuis.

 

Par François Boutard

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