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L’Union des Artistes Modernes (UAM), 1929-1958 : un vent de modernité dans l’histoire du design

L’union des Artistes Modernes, appelée communément L’UAM, est un mouvement initié en 1929 par des artistes décorateurs et architectes avant-gardistes de l’époque. Ce mouvement est resté ancré dans l’histoire de l’architecture et du design car il permit à toute une génération de créateurs d’émerger et d’insuffler de nouvelles idées théoriques et pratiques.

Bien souvent, des mouvements/courants artistiques s’érigent en réaction à des pratiques antérieures, ce qui est le cas de l’UAM et nous en expliquerons les raisons. Populaire dans les années 1930, l’influence de l’UAM va progressivement décroître dans les années d’après-guerre, avec le décès de son premier président et figure éminente de l’architecture française des années 20 et 30 : Robert Mallet-Stevens (1886-1945).

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Photographie de Robert Mallet-Stevens alors jeune architecte.

L’exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes se tient à Paris d’avril à octobre 1925. C’est un événement qui marque son époque, des milliers de visiteurs vont se presser chaque jour pour découvrir durant 6 mois l’architecture des différents pavillons internationaux et celle des régions françaises, ainsi que les toutes dernières tendances du mobilier. La manifestation voit la consécration du style architecturale Art déco, lancé avant la Première Guerre Mondiale en réaction aux lignes courbes et ornementations chargées, directement inspirées des formes organiques (arbres, fleurs, insectes, animaux) du style Art nouveau. 

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Bureau-bibliothèque de Pierre Chareau présenté dans le Pavillon d’une ambassade française à l’occasion de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris, 1925, et reconstitué au Musée des Arts Décoratifs. Malgré l’utilisation de matériaux précieux, on est loin du style tout en courbe et ornementation de l’Art nouveau.
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Le Pavillon du Collectionneur, façade sur le jardin. Réalisé par l’architecte Pierre Patout, d’une grande élégance, le Pavillon du Collectionneur eut un grand succès lors de l’Exposition Internationale (1925). Musée des Arts Décoratifs, Fonds Editions Albert Lévy. © Les Arts Décoratifs / éditions Albert Lévy.
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Boudoir du Pavillon du Collectionneur, Exposition Internationale des Arts Décoratifs et Industriels Modernes de Paris, 1925, Groupe Ruhlmann. C’est le décorateur français Jacques-Emile Ruhlmann qui réalise avec talent l’ensemble de la décoration intérieure. Il conçoit le mobilier et dispose dans les différentes pièces des objets précieux. Bibliothèque du MAD, Album Maciet. © Les Arts Décoratifs.

Le style Art déco tranche avec son prédécesseur l’Art nouveau, et censure la fantaisie. Il revient à une certaine rigueur classique, recherche la symétrie dans les espaces, emploie avec parcimonie la pierre de taille, accorde au décor une importance, mais toujours avec sobriété.

Face au succès de l’Art déco, l’avant-garde internationale a du mal à exister. Elle se signale à travers le pavillon russe dessiné par Constantin Melnikov, le Pavillon de l’Esprit nouveau porté par le très audacieux Le Corbusier, et enfin le Pavillon du tourisme de Robert Mallet-Stevens avec son emblématique campanile qui pousse l’Art déco vers encore plus de géométrie. 

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Le pavillon du Tourisme de Robert Mallet-Stevens, 1925. Une inspiration nouvelle avec une exécution très rationnelle.

Si l’événement marque le triomphe du style architectural Art déco avec en vedette le décorateur Jacques-Emile Ruhlmann (1879-1933), l’avant-garde architecturale pointe déjà, un peu, le bout de son nez. La France, parce qu’elle est un pays attaché à l’ébénisterie et aux matériaux haut de gamme, n’est pas encore réceptive au modernisme prêché à l’Ecole du Bauhaus, dans le mouvement hollandais De Stijl, ou encore dans le constructivisme des pays de l’Est. 

Le schisme entre les tenants de l’Art déco, membres du courant de la Société des artistes décorateurs, et les tenants d’une architecture avant-gardiste, arrive finalement en 1929. Face au succès des architectes-décorateurs Charlotte Perriand (1903-1999), René Herbst (1891-1982) et Georges Bourgeois dit Djo-Bourgeois (1898-1937) qui ont présenté au Salon des artistes décorateurs de 1928 un appartement modèle dédié à la création industrielle, la Société des artistes décorateurs, effrayée, refuse d’exposer à nouveau cette avant-garde qui va trop loin à leur goût… Cet événement signe la naissance, en 1929, de l’Union des Artistes Modernes.

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Au salon d’automne de 1929, les architectes et designers Le Corbusier, Pierre Jeanneret, et Charlotte Perriand présentent un équipement intérieur d’une habitation. La rupture avec l’Art déco est nette. Le mobilier, essentiellement conçu par Perriand, intègre le travail du métal, les piétements des assises sont en tube d’acier, nickelé ou chromé, prolongeant les travaux de Marcel Breuer au Bauhaus (chaise Wassily). Au fond, la fameuse chaise longue LC4. © F.L.C. / Adagp, Paris, 2019 © Adagp, Paris 2019 © Jean Collas / AChP.

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Autre vue du stand Equipement intérieur d’une habitation réalisé par Le Corbusier, Pierre Jeanneret, et Charlotte Perriand au Salon d’automne de Paris, 1929.

Qui sont-ils et que veulent-ils ? Les membres fondateurs sont Robert Mallet-Stevens, Charlotte Perriand, René Herbst (1891-1982), Francis Jourdain, Sonia Delaunay, Jean Prouvé, Eileen Gray, Jacques Le Chevallier, Jean Fouquet, Gérard Sandoz, Jean Puiforcat et Hélène Henry. Ils ont en commun de vouloir faire sauter les barrières entre les disciplines, veulent lutter contre le classicisme et la tradition, et surtout faire évoluer le cadre de vie avec la modernité et le rationalisme. 

Ils donnent aussi une dimension sociale au mouvement. Ils veulent que les objets issus de la collaboration entre artistes et artisans soient de qualité, produits en série, et à prix abordables pour en finir avec l’élitisme de l’Art déco, réservé aux plus fortunés. 

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Fumoir réalisé par René Herbst, à l’occasion du Salon des Artistes Décorateurs de 1928. Cofondateur en 1929 de l’Union des Artistes Modernes, René Herbst est un représentant éminent des arts modernes.
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Eileen Gray, Coiffeuse, 1926. Vers une recherche fonctionnelle du mobilier.

Robert Mallet- Stevens est la figure centrale du mouvement. Proche des mouvements avant-gardistes, l’architecte a déjà appliqué dans les années 20 les concepts rationnels, y compris dans le mobilier, privilégiant la fonction et la structure à la forme, rejetant l’ornementation au profit de matériaux nouveaux comme le métal ou encore l’acier. 

Mais le grand chef-d’œuvre de Mallet-Stevens, celui qui synthétise les aspirations de l’UAM à emprunter les chemins de l’architecture moderne, est la réalisation de la Villa Cavrois (1929-1932) et son mobilier, quelques années après celle de la Villa Noailles (1923-1925), une des premières constructions françaises du style moderne. 

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La Villa Noailles de nos jours à Hyères. Construite de 1923 à 1925 par Robert Mallet-Stevens pour le compte du vicomte de Noailles, la villa emprunte déjà aux préceptes du mouvement rationaliste : un bâtiment fonctionnel, des toits et des terrasses mis en valeur, la circulation intérieure de la lumière. La décoration est quant à elle épurée.
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La pièce principale de la Villa Cavrois laisse passer en grand la lumière. Fidèle aux principes de l’architecture moderne, Robert Mallet-Stevens a conçu un bâtiment avec de grands espaces de circulation, et un mobilier utilisant les nouveaux matériaux de l’époque. Il sollicite d’ailleurs Théo van Doesburg, le principal animateur du mouvement hollandais moderniste De Stijl pour ordonner une chambre.

L’UAM organise son exposition inaugurale du 11 juin au 14 juillet 1930, au Musée des Arts Décoratifs de Paris. En 1934, en réponse à ses détracteurs, l’UAM publie un manifeste, intitulé : Pour l’art moderne, cadre de la vie contemporaine et réaffirme ses principes fondateurs. On reproche au mouvement « l’aridité des formes » et la pauvreté des matériaux employés.

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Affiche de la 1ère exposition de l’Union des Artistes Modernes au Musée des Arts Décoratifs, 1930. 

En 1937, l’UAM érige son pavillon à l’occasion de l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne. Mais au lendemain de la seconde guerre mondiale, avec le décès de son président « historique », Robert Mallet-Stevens, l’UAM perd de son influence. Les multiples projets liés à la reconstruction du pays nuisent à l’action collective et la bataille contre « les anciens » est terminée. 

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Vue d’ensemble du pavillon de l’Union des artistes modernes à l’exposition internationale de 1937. 
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Meuble d’appui  à usages multiples, design René Herbst. Poirier verni et acajou, métal, intérieur cuir. Mobilier présenté à l’occasion de l’Exposition internationale des arts et techniques dans la vie moderne de 1937, pavillon de l’UAM.
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Table de librairie, en tôle d’acier pliée, design René Hermant, présentée dans la librairie du pavillon de l’UAM lors de l’exposition internationale de 1937.

René Herbst, son nouveau président, tente bien de réactiver le mouvement vers la fin des années 40 et l’exposition Formes utiles. Objets de notre temps au pavillon de Marsan (1949-1950). Jusqu’à sa dissolution finale en 1958, l’UAM présente chaque année au SAM (Salon des Arts Ménagers) une sélection d’objets industriels. Désormais, les talents les plus prometteurs du design se retrouvent au sein de l’Association des créateurs de modèles de série (ACMS).

Si le collectif de l’UAM a insufflé les idées novatrices du Bauhaus dans les années 20, 30 et 40, au plus fort de son activisme, se faisant le chantre de l’architecture moderne et d’un mobilier rationnel, on peut cependant lui reprocher de n’avoir pu démocratiser ses créations par la production en série. Les pièces de ces époques sont restées chères et font le bonheur actuel des collectionneurs.

F. Boutard

L’expo Charlotte Perriand à découvrir :